Par Joël Riff

LES LOTOPHAGES

Parfois, une volupté nouvelle réussit à nous conquérir. Le mythologique Lôtos est un fruit au goût de miel identifié comme la baie du jujubier. Dans un épisode de l’Odyssée d’Homère, cette plante fait perdre la mémoire à l’équipage d’Ulysse. Les éclaireurs y ayant goûté, oublient leur mission, leur identité, leur envie de retour et se prélassent dans la pure délectation d’une hospitalité inédite. Dans l’histoire, cela ne plaît pas au héros qui devra ramener de force ses hommes pour poursuivre son épopée. Envisageons avec davantage de décontraction, les bienfaits narcotiques de cette came qui embarque dans un confortable état de béatitude, au sein d’un environnement qui nous enveloppe de son apparente bienveillance.

Aurore-Caroline Marty investit une superbe salle du monastère bénédictin, avec deux œuvres magnétiques qui travaillent la grandeur, chacune à leur échelle. Imbibées de références stylistiques glanées au fil des voyages, ces belles propositions sculpturales célèbrent l’allégresse et la décadence. Une irrésistible pacotille agrémente l’aspect monolithique global, que ce soit celui d’une méridienne alanguie ou d’une ruine moelleuse.

Joël Riff, à propos de l’exposition Le Cosmos et le Lotus, Curiosité – 2017 semaine 19.

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